Entrée
Et sous cette immense couche de neige qui recouvrait tout — les maisons, les arbres, les champs — l’activité habituelle de la maison et du village s’arrêtait, comme plongée dans un doux et paisible sommeil. Les chevaux et les mulets restaient à l’écurie, le bétail dans les enclos, les femmes à la maison entretenaient un bon feu dans l’âtre, tandis que les hommes, un peu désœuvrés, se demandaient ce qu’ils pouvaient faire : fabriquer quelque ustensile pour la maison ou effectuer divers travaux d’entretien.
Après avoir nourri le bétail, le berger s’occupait de poser les battants des sonnailles et de fabriquer quelque canabla — un collier en bois pour le bétail —, ainsi qu’un bol ou une cuillère pour manger la soupe au suif dans la cabane de l’estive. Celui qui était chasseur nettoyait et préparait son fusil ; d’autres réparaient les outils agricoles. Quant à celui qui maniait bien la hache, il évidait un tronc de pin, de chêne ou de noyer rapporté de la forêt quelque temps auparavant pour cet usage. Il fallait peut-être fabriquer un nouveau saloir, car celui qu’ils possédaient était déjà très détérioré et rongé par le sel.
Ils commençaient avec une hache bien affûtée. Coup après coup, ils équarrissaient le tronc en détachant de gros copeaux qui serviraient ensuite à allumer le feu. Une fois le tronc équarri, ils commençaient à l’évider. Ils utilisaient la hache, la juela — une sorte d’herminette — et un autre outil au tranchant concave appelé xiols. De nouveau, coup après coup, le sol se couvrait de copeaux. Au bout de quelques jours, tandis que la neige disparaissait peu à peu en laissant apparaître de grandes plaques de terre, le saloir était terminé et transporté dans le garde-manger.
Les jours de pluie et les longues périodes de mauvais temps étaient des moments idéaux pour faire une halte et interrompre les travaux quotidiens. À ces occasions, on fabriquait d’autres objets nécessaires à la maison : une auge pour nourrir les poules ou les cochons, un coffre à pétrir, un récipient servant à filtrer la lessive, une bassine en bois pour préparer la pâte des galettes ou pour travailler les produits de la matacía — l’abattage traditionnel du cochon —, un récipient pour conserver le sel, un ustensile permettant de remplir les outres ou les récipients, une rigole en bois pour conduire l’eau… Dans une économie de subsistance, tous ces travaux étaient nécessaires et essentiels.
Les pièces présentées dans cette exposition constituent un témoignage historique à la fois matériel et immatériel. Il existe encore aujourd’hui des personnes qui, grâce à leur mémoire, peuvent raconter comment et dans quel but ces objets étaient utilisés. Ils témoignent d’un mode de vie aujourd’hui disparu, englouti dans le puits profond et immense du temps.
CORNEMUSE
VISITEUR
Ce que vous voyez ici est l’un des objets essentiels qui ont permis de faire renaître un instrument fondamental dans l’histoire de la musique populaire en Aragon : la GAITA DE BOTO, la cornemuse aragonaise, qui avait cessé d’être jouée depuis le milieu des années 1960. Elle appartenait à Juan Cazcarra, de Bestué, dans la commune de Puértolas, dernier sonneur de Sobrarbe et l’un des derniers d’Aragon, décédé en 1963. À peu près à cette époque, l’instrument fut acquis par Ánchel Conte, directeur de l’institut d’Aínsa et conseiller municipal d’Aínsa-Sobrarbe, et Joaquín Pardinilla, alors secrétaire de la même mairie. Il resta chez le premier dans l’attente d’une restauration et d’un musicien capable de le faire sonner.
Lorsque Ánchel Conte quitta Aínsa, la cornemuse rejoignit sa maison de Robres, puis fut prêtée au musée San Telmo de Saint-Sébastien à la demande d’un groupe de chercheurs qui tentaient de démontrer l’existence historique de cornemuses au Pays basque. Pendant son séjour à Saint-Sébastien, l’instrument voyagea également en France. En Occitanie, des documents signalaient autrefois des cornemuses dans le Béarn-Bigorre, disparues depuis environ un siècle. Lorsque les chercheurs français virent la cornemuse de Bestué, ils pensèrent qu’il s’agissait du même type d’instrument que celui qui avait cessé de sonner chez eux plus de cent ans auparavant et l’intégrèrent sous le nom de « Cornemuse des Pyrénées centrales ».
Après toutes ces péripéties, l’instrument revint finalement à Aínsa, où vous pouvez aujourd’hui l’observer. Fait remarquable, cette cornemuse conserve des tuyaux mélodiques accordés selon des gammes archaïques non tempérées —une gamme proche de DO—. Elle ne peut donc être jouée avec des instruments modernes utilisant le tempérament égal, aujourd’hui le système d’accord le plus répandu dans la musique occidentale, sans donner une impression de désaccord. Tous ses tuyaux sonores sont en outre recouverts de peau de serpent, particularité que l’on ne retrouve que sur les cornemuses aragonaises. L’instrument appartient aujourd’hui à la mairie d’Aínsa-Sobrarbe.
