Textile et vannerie
TISSAGE
Pendant les nuits d’hiver, lorsque l’obscurité arrive si tôt, les femmes filaient près du feu. C’était un travail lent : « On gagne peu à filer », disaient-elles, « mais encore moins à regarder ». Elles parlaient et observaient tout en faisant tourner le fuseau. La pelote grossissait autour de l’axe poli, qui tournait encore et encore. Une pelote, puis une autre, et encore une autre : il en fallait beaucoup pour une couverture, un drap ou une chemise.
Elles filaient le chanvre et la laine. Lorsque ces fibres encore lâches arrivaient à la quenouille pour commencer à se torsader sous les rotations du fuseau, elles avaient déjà demandé beaucoup de travail. Depuis la tonte du mouton ou le semis du chanvre dans le jardin, les tâches s’étaient succédé : dans les bassins ou la rivière, avec les cardes, avec les outils servant à broyer le chanvre…
Les pelotes —blanchies et classées selon l’épaisseur du fil— étaient remises au tisserand. Les tisserands furent nombreux dans le Haut-Aragon. Ils travaillaient sur les anciens métiers installés dans leurs maisons. Les derniers tisserands traditionnels de la région restèrent actifs en Sobrarbe jusqu’à une époque relativement récente : les célèbres tisserands de Javierre de Ara produisirent des couvertures et des couvre-lits très colorés jusque dans les années 1960, tandis que le tisserand de Guaso poursuivit son métier jusqu’au début de la dernière décennie du XXe siècle.
VANNERIE
Des paniers pour tout : transporter les légumes et la paille, les pommes de terre, l’herbe, les fruits ou le raisin. Petits et grands paniers, fins ou grossiers… De délicates corbeilles blanches pour le linge doux et la couture ; de grands paniers en osier épais aux solides anses pour transporter le fourrage du bétail ; des bâts à plusieurs poches où les cruches voyageaient sur le dos de l’âne ; des paniers toujours propres pour la lessive ; des ruches en canne et en osier recouvertes de fumier, formant un abri chaud et confortable pour les abeilles ; cuévanos, grands paniers de transport et bien d’autres formes.
Le monde de la vannerie est à la fois humble, solide et fragile, polyvalent et varié. Il existe un panier pour chaque besoin.
Les techniques de vannerie accompagnent l’humanité depuis la préhistoire la plus lointaine. L’être humain fabriqua des paniers avant de fabriquer des récipients en céramique.
Dans le Haut-Aragon, les vanniers ont utilisé l’osier et la canne pour produire une immense variété de paniers. Ces mêmes matériaux sont encore employés aujourd’hui. D’autres ont en revanche disparu des usages : la paille de seigle et la ronce, qui servaient à fabriquer les magnifiques palluzas destinées à conserver le sel, sont désormais des matériaux oubliés.
